Je n’aime pas les fins, mais j’aime les commencer.
Sentir le vent gonfler les voiles, puis oublier.
Oublier qu’elles s’affaisseront, se replieront,
Qu’un jour, le navire ne verra plus rien d’autre que le fond.

J’ai ce fantasme de l’éternité, vivre toujours,
A jamais demeurer conscient de l’histoire, des suivants,
De ceux qui nous suivront, leurs défaites, leurs amours.
Voir l’avenir prendre forme, s’élever lentement.

Pourtant tout doit finir, qu’est-ce qu’une vie où rien ne finit ?
Prendriez-vous un repas sans faim ? Dormiriez-vous à jamais ?
Non. Mais quand même, pourquoi si tôt, pourquoi déjà ?
N’est-il pas possible que cela dure juste encore, pour moi ?

Il faut oublier, tout peut s’oublier qui s’enfuit déjà.
Je ne veux pas oublier, je veux me souvenir, et rêver.
Rêver que c’est encore possible, que ça ne s’est jamais fini.
Que ces temps bénis sont tant qu’il en est pour s’en rappeler.

Et pourtant, le pied sur le pont, les voiles se dégonflent.
Doucement, le claquement se fait plus timide, le tissu ronfle.
Bientôt seules les rames continuent leur mouvement,
Les marins descendent des cordages, tristement.

Et je vois le port, qui fut si loin, et qui est si près désormais.
Le bleu à perte de vue n’est à présent plus qu’un souvenir,
Une relique du passé, une aventure à conter, à ressasser.
Il me faut faire escale. Longue escale avant, peut-être…

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